OPERAZONE

 

 

 

L'opéra et moi ( ou comment je suis à moitié tombé dans la marmite quand j'étais petit ) :

Assez paradoxalement, je ne suis rentré dans une salle d'opéra qu'assez tard, à 18 ans ; c'était au Grand Théâtre de Bordeaux ( la plus belle salle de France par ailleurs à mon avis ... ) . Paradoxalement, car j'ai été en contact avec le monde de la musique relativement tôt ; pendant mes vacances, j'allais chez mes grands-parents où je pouvais entendre mon grand-père entonner de façon grandiloquente l'air du toréador ( "vôôôôtre tôôôst , je peeeeeuuuuux vous le reeeennnndreeeeuuuu" ) entre deux exercices de maths qu'il me donnait à faire ; la leçon finie ( et la pièce de 10F en cuivre empochée ... car chez nous c'est le prof qui payait l'élève ! ) , je pouvais filer à la cave me passer quelques disques d'une kitscherie absolue : Luis Mariano chantant la Belle de Cadix ( "lâââ bêêêêleeuuuu de Caadiiiiix a des yeeeuuuuxxx de veeeuuulours ! " ) .

Le premier souvenir lyrique à proprement parler dont je me souvienne est une Flûte Enchantée à la télé ; je devais avoir environ 11 ans, ce qui me fait me demander à posteriori si ce n'était pas la représentation aixoise avec Natalie Dessay sous la baguette de Christie. Je me souviens de cette interrogation du présentateur ( Jacques Chancel ? ) très surprenante pour moi alors : "va-t-elle réussir à passer ses contre-fa ?" comme un présentateur sportif se serait demandé si le perchiste allait passer la barre des 6 mètres ... La soprano passa si bien ses contre-fa que je me mis à la recherche d'une version de la Flûte Enchantée où je pourrais me les repasser à longueur de temps ; ce fut la version Klemperer et la décoiffante découverte de Lucia Popp, Nicolai Gedda, Walter Berry ... Puis, bizarrement, ça s'arrêta là pendant plusieurs années ... il faut dire que mes parents n'étaient guère accrocs d'opéra ( plutôt musique instrumentale en fait - Concerto de Aranjuez, 5ème Symphonie de Beethov & Co ... ) ; même aujourd'hui , ma mère a toujours un peu de mal à mesurer la différence entre une soprano qui sort un contre-ut et elle quand elle se coince les doigts dans une porte !!!

Mon deuxième coup de foudre lyrique et sans doute le plus important arriva complètement par hasard au détour d'une écoute des Carmina Burana achetée au supermarché ; je n'attendais pas grand chose de cette écoute à part le fait de pouvoir écouter dans son intégralité le choeur d'entrée que tout le monde a entendu une fois dans sa vie : "O Fortuna Imperatrix Mundi" . Après avoir entendu le fameux choeur d'introduction, je baissai le son pour retourner à mes chères études ; cependant, quelques secondes plus tard, je remis le son à fond : une voix, comme jamais je n'en avais entendu avant, venait de s'élever, légère, délicate, mystérieuse, indéfinissable ( baryton léger ? ténor ? ) caressant chaque mot latin : en cliquant sur le texte, le mp3 de ce morceau se téléchargera ... ( en cas de problèmes voir ma note ici ) .

Omnia sol temperat
purus et subtilis,
nova mundo reserat
facies Aprilis,
ad amorem properat
animus herilis
et iocundus imperat
deus puerilis.
Rerum tanta novitas
in solemni vere
et veris auctoritas
iubet nos gaudere;
vias prebet solitas,
et in tuo vere
fides est et probitas.
tuum retinere
Ama me fideliter,
fidem meam nota
de corde totaliter
et ex mente tota.
sum presentialiterabsens
in remota.
quisquis amat taliter.
volvitur in rota.

 

Je venais de faire la connaissance de celui qui est parfois appelé à juste titre le "baryton du siècle" ( dixit Renaud Machard ), Dietrich Fischer-Dieskau ...

 

Naturellement, je me mis aussitôt à la recherche de tous les autres disques de ce fabuleux chanteur et fut rassuré de voir qu'il avait enregistré de manière assez prolifique dans un peu tous les répertoires ... Lentement, l'embryon de ma discothèque actuelle commença à se former : opéras, mais aussi et surtout lieder allemands, auxquels DFD a donné ses lettres de noblesse ...

L'enseignement de la musique m'avait jusqu'ici plutôt rabattu les oreilles en raison du côté théorique et bêtement mathématique qu'on nous enseignait. Je décidai pour changer d'air de prendre l'option facultative musique au bac ; je me plongeai avec délice dans des partitions d'orchestre et d'opéra ( mes cours de solfège ne s'étaient donc pas révélés entièrement vains - mais pourquoi ne pas faire apprendre le solfège sur des partitions d'orchestre plutôt que sur des méthodes abrutissantes !? ) : Didon et Enée de Purcell, les Fêtes de Debussy, la 4ème de Brahms, la Passion selon Saint-Matthieu de Bach ...

Un jour, alors que je faisais mes études à Bordeaux, je me décidai enfin à pousser la porte d'une maison d'opéra : l'Opéra de Bordeaux. Mon baptême se fit avec l'Orphée et Eurydice de Glück. Le moins qu'on puisse dire est que je n'en gardai pas un souvenir impérissable : j'étais déjà difficile à satisfaire ! Orchestre trop fort couvrant systématiquement les chanteurs, Rockwell Blake ( que j'ai appris à apprécier depuis ... mais d'autres répertoires ! ) hors-sujet . Il en fallait toutefois plus pour me décourager ! Je récidivai avec le Vaisseau Fantôme et cette fois, la magie opéra ... musique magnifique, mise en scène très intéressante, très bons chanteurs ... j'étais définitivement conquis !